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Notice d'utilisation de l'autre : erreur 404

  • nicolehaykel
  • 31 janv.
  • 6 min de lecture

Nous avons tous ce réflexe, plus ou moins conscient : vouloir comprendre vite, classer vite, anticiper vite, comme si la vie était un grand tableau Excel et que chaque personne devait absolument rentrer dans une case bien définie.

Il/elle ne réagit pas comme prévu ?

Il/elle ne pense pas comme “la norme” ?

Il/elle ne fonctionne pas comme nous ?


Hop. Étiquette.


“Bizarre.” “Compliqué.” “Pas comme nous.” “A part”

Et le fameux : “Spécial/e.” (Traduction : “Je ne comprends pas, donc je range.”)

L'étiquette rassure, la rencontre dérange.

En filigrane , souvent un besoin de contrôle.

Anticiper l’autre, prévoir ses réactions, deviner ses intentions, comme si on avait tous une boule de cristal homologuée, certifiée, garantie sans bug surtout !

À ce moment-là, j’ai parfois envie de demander : “Tu as des dons de voyance reconnus par l’univers ?”

Parce qu’en réalité, personne ne peut tout prévoir.

Plus on cherche à tout anticiper, plus on se coupe de l’essentiel : la rencontre réelle, vivante, imparfaite… humaine.


 

La confiance en soi change tout.


Quand on se sent en sécurité intérieurement, plus autant besoin de tout contrôler. On peut laisser les choses se présenter, découvrir au lieu de conclure, observer au lieu d’enfermer, accepter de ne pas savoir tout de suite.

C’est un peu comme si on était parachuté dans un pays à l’autre bout du monde, avec des codes, des valeurs, des traditions totalement différentes des nôtres. Là-bas, ce qui est “normal” pour nous ne l’est pas. Et inversement, on devient “à part”, différent, mais pas anormal, juste… dans un autre référentiel.

A ne pas confondre avec notre système de valeur qui est un tout autre sujet.

 

C’est pareil avec les êtres humains, nous ne sommes pas “hors norme”, juste “dans une autre histoire”.


Le problème des étiquettes, c’est qu’elles sont réductrices, elles figent, elles simplifient l’infiniment complexe. Elles transforment une personne vivante en concept rassurant.

On croit comprendre, alors qu’on a juste cessé de regarder.


Comme dirait Rafiki dans Le Roi Lion : « Regarde au-delà de ce que tu vois. »

Regarder au-delà, c’est laisser de la place.

C’est prendre le temps de découvrir.

C’est accepter qu’un intérêt peut naître pour mille raisons : par curiosité, par ambition, par affection, par plaisir, parce que ça fait du bien, parce que ça résonne… sans tout analyser, sans tout étiqueter, sans tout enfermer.

 

Personnellement, j’ai testé, parfois, ça m’a brûlé, parfois, ça a été magique.

 

Et au final, je n’ai rien regretté, parce que certaines rencontres ont été des bénédictions.

Et d’autres… de sacrées leçons.

Dans un cas, j’ai reçu, dans l’autre, j’ai appris.

Et apprendre, ce n’est jamais perdre.


Le plus troublant, c’est que même des personnes qui nous ont côtoyés longtemps pensent nous connaître.


Des proches, des amis, parfois même notre propre famille.


Ils parlent de nous avec une certitude déconcertante.

« Toi, tu es comme ça. »

« Je te connais par cœur. »

« Tu as toujours été comme ça. »


Comme si nous étions un livre déjà lu, classé, rangé sur une étagère.


Sauf que bien souvent, ce qu’ils connaissent… ce n’est pas vraiment nous, c’est l’image qu’ils se sont construite.

Une interprétation, une projection, une version figée dans le temps qui les rassure ou qui correspond à leur propre lecture du monde.

Connaître quelqu’un, vraiment, ça ne se décrète pas.

Ce n’est pas quelques souvenirs, ni trois habitudes, ni même des années de vie commune.


Connaître quelqu’un, prend du temps, vraiment.


Ça demande de l’écoute, de la curiosité, de la présence.

Et surtout d’accepter que l’autre change.


Parce qu’un être humain, évolue en permanence, grandit, se transforme, mue.


On l’oublie trop facilement, souvent par facilité.


Et quand ces étiquettes viennent de la famille, elles ont un poids encore plus fort.

Parce qu’elles arrivent tôt.

Très tôt.


À un âge où on ne sait pas encore qui on est.

À un âge où on croit tout ce qu’on nous dit.

À un âge où, pour être aimé, on apprend surtout à s’adapter.


Alors on entend :

« Toi, tu es timide. »

« Toi, tu es difficile. »

« Toi, tu es le sensible. »

« Toi, tu es la forte tête. »

« Toi, tu es celui/ celle qui réussira. »

« Toi, tu es celui/ celle qui pose problème. »


Et ces phrases, répétées l’air de rien, finissent par devenir des vérités.


Pas des descriptions: des identités.


Elles collent à la peau.


Tu as beau grandir, évoluer, te transformer, faire un travail sur toi, changer mille fois… pour certains, l’étiquette est déjà imprimée.

Tel un vieux tampon administratif : validé, classé, terminé.


In fine: le sceau est posé, validé, sans appel puis répété à l'infini.


Ils continuent de te regarder comme si tu étais resté bloqué dans une vieille photo d’enfance.


C’est cela qui est difficile.


Parce qu’on ne lutte plus seulement contre le regard des inconnus…on essaie de se redéfinir face à des gens persuadés de nous connaître “depuis toujours”.


Alors on fait quoi ?


On porte un masque.

On joue le rôle.

On essaie de correspondre aux attentes.

Ou on se bat pour prouver qu’on est autre chose.


Mais dans les deux cas, on s’éloigne de soi.


Forcément, quand on a grandi avec des rôles à tenir, des cases déjà dessinées, on développe ce réflexe de tout anticiper, tout contrôler, tout sécuriser, comme si on devait en permanence s’ajuster au regard des autres.


Alors qu’au fond, on aspire juste à une chose toute simple : être rencontré tel qu’on est vraiment.


Il peut s’agir de personnes qui ont partagé un bout de notre vie, parfois beaucoup plus qu’un bout. Elles parlent de nous avec assurance, comme si elles détenaient la vérité. Et pourtant, dans le fond, elles ne nous connaissent pas vraiment. Parce que connaître quelqu’un, ce n’est pas avoir une opinion sur lui, ce n’est pas l’avoir observé dans quelques situations, ce n’est pas l’avoir résumé à ce qu’il a montré à un moment donné.

 

Connaître quelqu’un, ça prend du temps.

Des saisons entières, pas trois conversations, des silences, des tempêtes, des remises en question, des évolutions.

 

On ne “connaît” pas un être humain comme on apprend une leçon. On le découvre, encore et encore. Parfois, même ceux qui croient nous connaître le mieux ne connaissent en réalité qu’une version de nous… qui n’existe plus, ou qui n’a peut-être jamais vraiment existé.

Rencontrer vraiment l’autre, au sens profond du terme, ce n’est pas passif bien au contraire.

Cela demande de la présence, de l’attention, de l’écoute réelle, de l’énergie aussi.

Être là, sans projeter, sans interpréter trop vite, sans vouloir que l’autre confirme nos attentes… c’est un véritable investissement intérieur.

 

Et pour beaucoup, c’est justement là que ça coince, lorsque nous fonctionnons surtout par intérêt, par rentabilité émotionnelle ou relationnelle, ce temps-là paraît “cher payé”.

Prendre le temps de découvrir quelqu’un, de le laisser se dévoiler, d’accepter sa complexité, ses zones d’ombre, ses nuances… ça ne rapporte pas toujours immédiatement,

ce n’est pas rapide, “efficace” au sens productiviste du terme, ce n’est pas contrôlable non plus. Pourtant, c’est précisément là que tout se joue, dans cette lenteur, dans cette présence, dans cette vraie rencontre que l’on sent si une relation a vocation à devenir une construction solide, fiable, durable… ou si elle n’est destinée à être qu’un passage, une expérience, un croisement de chemins. 


Alors on préfère parfois l’étiquette, plus simple, plus économique en énergie.

On croit comprendre vite, on classe, on range, et on passe à autre chose. Sauf qu’en faisant cela, on ne rencontre pas vraiment des êtres humains… on ne rencontre que nos propres projections.


À force de vouloir tout contrôler, on se prive du mystère.

À force de vouloir tout anticiper, on empêche la vie de nous surprendre.

Et pourtant, les plus belles choses arrivent souvent lorsqu' on ne les avait pas prévues.

Alors peut-être qu’au lieu de coller des étiquettes, on pourrait parfois simplement… ouvrir l’espace.

Regarder au-delà de ce que l’on croit voir.

Et laisser les gens, comme la vie, nous révéler qui ils sont et nous surprendre aussi agréablement.

Et au fond, tout ça nous ramène à une question simple :

est-ce qu’on rencontre vraiment les autres… ou est-ce qu’on rencontre surtout nos peurs, nos projections, nos besoins de contrôle ?


Apprendre à lâcher les étiquettes, à faire confiance au temps, à regarder au-delà de ce que l’on croit voir, ça ne se fait pas en un claquement de doigts.

Cela demande parfois d’être accompagné, d’avoir un espace où déposer ses schémas, ses automatismes, ses blessures aussi.


Alors si ce que tu viens de lire résonne, si tu te reconnais dans ce besoin d’anticiper, de contrôler, de classer, ou au contraire dans cette envie de relations plus vraies, plus libres, plus conscientes, peut-être que c’est le bon moment pour en parler.


Parce que se comprendre soi-même, c’est déjà commencer à mieux rencontrer les autres.


"Les étiquettes rassurent l'esprit. Le temps, lui, révèle les êtres."NKL


 

 
 
 

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